Bienvenue dans le recueil de poésie :

 "De l'Aube au    Crépuscule"

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Prologue

à l’Amour… 

« La vie est un sommeil, l’amour en est le rêve, et vous aurez vécu si vous avez aimé. »   Alfred de Musset

à l’Amitié… 

« Le plus doux de tous les sentiments humains, celui qui s’alimente des misères et des fautes comme des grandeurs .... »  George Sand 


à la Nature…

« Je ne puis regarder une feuille d’arbre sans être écrasé par l’univers. »  Victor Hugo

*****

« Comme une mère vigilante

Au berceau d’un fils bien-aimé,

Ainsi je me penche tremblante

Sur ce coeur qui m’était fermé.

Parle, ami, – ma lyre attentive

D’une note faible et plaintive

Suit déjà l’accent de ta voix,

Et dans un rayon de lumière,

Comme une vision légère,

Passent les ombres d’autrefois. »


La nuit d’octobre (Alfred de Musset)

 
écritoire

À propos de la poésie

La Poésie

« De la musique encore et toujours !

Que ton vers soit la chose envolée

Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée

Vers d’autres cieux à d’autres amours. »

Art poétique  (Paul Verlaine)

...

La poésie, comme les caresses du vent,

Douce et sensuelle, renaît dès le printemps.

Elle est larme de joie à l’assaut des outrages

Du temps, un chant d’ivresse en dépit des détresses,

Qui efface au matin les indélicasses,
Qui perce le nuage et chasse les orages.

C’est le bonheur qui naît dans un corps qui se meurt,

C’est un grain de folie qui confond la raison,

Caché dans les buissons, fait naître les passions,

Baume sur tes douleurs, baisers sur nos malheurs.

Évanescente, c’est l’amie qui le jour veille

Et te surveille lorsque le soir tu t’endors,

Charmant tes oreilles de pures odes d’or

Lorsqu’au petit matin, ému, tu te réveilles.


La poésie, c’est tout l’envers des désespoirs,

L’étincelle de vie qui fait vivre d’espoir.

En cascades de mots qui chantent et qui dansent

Et finissent tes nuits et dessinent tes jours,

Soulevant les volets qui cachent tes amours

Endiablés, sur un ciel aveuglant d’espérance.


Et perçant les mystères de la voie lactée,

De Cassiopée à Orion, amie des Pléiades,

Elle sourit aux nymphes, bénit les naïades,

De l’océan, des cieux, révèle les beautés.

La poésie se cache à l’ombre des nuées

Et défait tes cheveux sur ta robe plissée.

Baisers d’adolescents, sur le sable brûlant

C’est le sel des désirs, l’écume des soupirs,

L’envie un soir de se revoir, de revenir

Sous le lustre doré qui pend au firmament.

Par un mot retrouvé, oublié par le temps,

Elle anime ton corps, revêt ton âme nue,

Qui dans l’obscurité avait perdu la vue.

Te voilà ranimé par ses rayons ardents.

La poésie, au chevet des amours finis,
Est l’onguent sauveur de l’âme à l’agonie.

Dans son Parnasse, séjour sacré des poètes,

Loin des tourments, des agitations de la terre,

Elle fait chanter les muses. Toi le solitaire,
Sur ces hautes cimes, viens, viens à sa conquête !

Elle te consacrera ; tu seras roi là-haut !

Toi qui ne savais pas que ce que tu disais,

Que ce que tu pensais, ce à quoi tu rêvais,

Et pouvait être vrai, et pouvait être beau !

Joseph Mellot

 
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Lettre de ma Muse

« Je comprends votre jalousie,

Ô fleurs, c’est qu’hier, en ces lieux,

Dans sa robe de fantaisie

La Muse a passé sous vos yeux. »

La Muse (Nérée Beauchemin)

...

Tu réclamais des mots pour toi seul composés,

Cueillis à la rosée ! je t’offre ce bouquet

De mots d'enchantement à toi seul adressés,

De mots à insérer dans ton prochain Sonnet.

À l’envers, à l’endroit, fais-en ce qui te plaît.

Ne suis-je pas ta Muse aimante qui s’amuse

À sourire aux vivants, tout en pansant leurs plaies,

À faire des poèmes rimant avec ruse ?

Là, sur mon Parnasse, certains jours, certains soirs,

Je suis si lasse de ce monde qui m'ennuie.

Ses mesquineries me font perdre tout espoir

Éteignant l’étoile qui me guide la nuit.


Eh bien ! Si tu veux me redevenir fidèle,

Il te faut à nouveau et rire et te réjouir.

Les muses s'écartent des sinistres mortels

Qui flétrissent la vie et ne savent en jouir.

Entends le murmure de ma source sacrée,

Mesure l'harmonie de mes textes divins,

Trempe ta plume à l’encrier de mes idées,

Délivre tes lecteurs de tous leurs noirs chagrins !


Je saurai te guider, te prendre par la main,

Te faire découvrir des sentiers merveilleux

Bordés de roses, de lauriers et de lupins,

Faire taire l'orage, et honorer les Dieux.


Ô poète ! Éclaire le monde de tes feux !

Fais chanter les mortels, redonne-leur une âme

Qui les rende amoureux, chaque jour plus heureux,

Qui les fasse danser, qui rallume leur flamme !

Joseph Mellot

 
 
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Toi qui jettes des mots doux

Sur les fleurs

Toi qui écris, « on s’en fout »

Sur nos peurs.


Tu éclaires la vie,

Tu la mets en poèmes

Tu la rends plus jolie

En lui disant « je t’aime »,


À coup de jolies rimes

Et de drôles de regards

Où la beauté s’exprime,

Met le laid au placard.


Lorsque l’on suit ton souffle,

On voit s’enfuir le mal,

Pleurer dans ses pantoufles

Ou bien se faire la malle.

Lorsque tes mots caressent

Les mondes méconnus

De ces temps où l’ivresse

Nous vient sans avoir bu.

On vient en poésie

Te rejoindre et sourire

Aux charmes de la vie

Que tu sais nous décrire.

Joëlle Vincent, auteure et poétesse lyonnaise  

De Joëlle à Joseph

(Lyon le 09/07/2014)

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La Terre de mon enfance

Le Cotentin

« Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province et beaucoup davantage ? »

Heureux qui comme Ulysse ... (Joachim du Bellay)

...

Farouche péninsule ! ici, dès mon enfance 

Les vents hurlants d’hiver au coeur de la tempête,

Les flots tumultueux comme pris de démence  

Ont nourri mes passions, éveillé le poète.


Bornant l’horizon, Jersey et Guernesey, fières 

Cathédrales des mers encerclées par les eaux, 

La brume et les embruns estompant les frontières

Ont servi de bastion au grand Victor Hugo.  


Sur ces plages dorées balayées par le vent,

Quand déjà j’esquissais mes tout premiers poèmes,

Mes pieds nus s’enfonçant dans le sable mouvant,

Je rêvais de chansons, d’amours et de bohème. 


Des nasses d’algue verte à la marée montante 

S’enroulaient à mes pieds comme des hameçons,   

Quand le sable cavé par les vagues mourantes

Couvert de blanche écume formait des tourbillons.    


Plus-haut, striant le ciel, des goélands en rage 

Poussaient des cris perçants, sonores et stridents, 

Et semblaient prisonniers de ces rives sauvages,  

N’osant s’aventurer par-delà l’océan.  


Comment vous oublier, tant de sources fécondes

De mes jeunes années ! Denneville, bocages

Aux riants visages de terre, d’algues blondes,  

De prés et de marais, d’interminables plages.


Portbail ! D'azur, au chevron d'or ! Quand sous tes arches 

Les flots bleus en furie, gonflés par les marées, 

Balayaient de ton antique église les marches, 

Recouvrant d’eau salée les terres étonnées.  


Et comment t’oublier Carteret, quand ton phare    

Qui chaque soir zébrait le mur de ma chaumière, 

De rêves pleins d’espoir, chassant les cauchemars

Des chemins des douaniers à l’affût des corsaires. 

Puis, en hiver, quand la tempête faisait rage,  

Nous partions à Diélette, comme des badauds 

Détrempés jusqu’aux os, voir l’enfer sous l’orage  

À l’assaut des rochers formant des geysers d’eau.


Goury ! fièrement dressé vers le ciel, toi qui  

Du haut de ton phare, gardien du raz Blanchard, 

Surveille les marins dans ce passage si 

Redouté, bouillonnant de noirs courants bâtards. 

Là-bas, un vieux normand contemple la nuée 

Autour de sa masure aux épais toits de pierre.

Le corps tout recouvert d’une ample cape usée

Il voit passer l’ondée qui perle sa paupière.   


Orages, foudres, tempêtes, vents violents 

Qui m’avez tourmenté dans mes tout premiers pas 

Vous avez fait de moi un roc et un amant  

De cet ardent pays aux si rudes climats. 


Farouche péninsule ! ici, dès mon enfance 

Les vents hurlants d’hiver au coeur de la tempête,

Les flots tumultueux comme pris de démence  

Ont nourri mes passions et formé le poète.

Joseph Mellot

 
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La  belle endormie

Tout bonheur est une innocence

(Marguerite Yourcenar)

« Les cheveux de la nuit, d'étoiles d'or mêlés, 

Au long de son dos brun pendent tout débouclés ; 

Le vent même retient son haleine, et les mondes, 

Fatigués de tourner sur leurs muets pivots, 

S'arrêtent assoupis et suspendent leurs rondes. »

Au sommeil  (Théophile Gautier) 

...

Toi belle endormie par la nuit apprivoisée,  

Éveille-toi comme la fleur épanouie

Qui, levée dès l'aube, voit ses joies assouvies,

Voit son rêve béni quand tombe la rosée.


Pressé de te cueillir, il me faut cependant

Apaiser mes désirs et te laisser dormir.

Tout penché sur ton âme, écoutant tes soupirs,

J’aime les instants que m'offre ce doux présent. 


Comme le pêcheur sur son lac perçoit les ondes,

Je ressens sur ta peau de longs frémissements,  

Un délicat sourire à un engagement

Qui vient creuser ta joue, gonfle ta gorge blonde.


Effleurant ta paupière entrouverte et bénie,

Je dépose un baiser de la douceur du miel

Sur tes premiers regards dirigés vers le ciel,

Qui comme une prière annoncent ‘Me voici’.  


Ce matin, auréolé d’ailés séraphins, 

Annonce une journée à nous deux destinée

À ranimer l'amour de nos coeurs enlacés, 

À effeuiller les frêles fleurs de ton jardin.


Offre-toi, éveillée dans mes bras, bien-aimée !

Offre-moi les présents de ton corps parfumé,

Les germes de la vie, l’espoir d'un nouveau né,

Les raisons de t’aimer, d'être désordonné !


Et soulevant le voile au seuil de la fenêtre,

Un rayon lumineux vient réchauffer ton sein, 

Caresse tes cheveux et se fait le levain

D'une cérémonie qui nous fera renaître.


Joseph Mellot 

 
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Premiers baisers

« Dans un baiser, l'onde au rivage 

Dit ses douleurs ; 

Pour consoler la fleur sauvage 

L'aube a des pleurs ; 

Le vent du soir conte sa plainte 

Au vieux cyprès, 

La tourterelle au térébinthe 

Ses longs regrets. »

Dans un baiser (Théophile Gautier)




Elle s’appelait Jacqueline …


Ses longs cheveux de feu flamboyants

Aux soyeux parfums enivrants 

Enveloppaient mes sens 

D’une troublante flagrance.

Ils me tenaient lieu de cage

Moi le puceau 

Derrière ces barreaux

Comme un petit oiseau

Adolescent trop sage.


Une saveur étrange 

De sève inconnue et nacrée 

Mêlée au parfum des prés-salés

Unissait nos lèvres nues.


Nos baisers se prolongeaient 

Sucrés et salés

Jusqu’au creux de la nuit 

Sous le ciel complice

Et constellé.   

Assis sur les pierres sacrées

Du Mont Saint-Michel

La mer se reflétait dans ses yeux 

Sous le miroir du soleil 

Couchant bleu-vermeil. 


Une étrange alchimie 

Secret élixir de nos envies

Transformait en or

Chaque parcelle de son corps. 


L’ombre de l’archange

Bénissant nos ardents 

Baisers d’Anges

Se prolongeait à l’horizon  

Sur la Grève et sur le Mont.

Joseph Mellot 

 
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Le cerisier d'Hélène

'Je ne le savais pas encore'

« Vous souvient-il un peu de ce que vous disiez,

Mignonne, au temps des cerisiers ?


Ce qui tombait du bout de votre lèvre rose,

Ce que vous chantiez, ô mon doux bengali,

Vous l’avez oublié, c’était si peu de chose,

Et pourtant, c’était bien joli… »

Les cerisiers (Alphonse Daudet)

...

Elle était sous le cerisier 

En fleur,

Et cachait sous son chemisier 

Un coeur.


Les merles gorgés de fruits murs 

Sifflaient,

Et la belle,  aux douces cambrures, 

M’aimait. 


Je ne le savais pas encore, 

Puceau,

Mais je bus le vin de l’amphore, 

Idiot. 


Elle était du Péloponnèse, 

Hélène, 

Et, plût au ciel, je fus à l'aise

En elle.


Elle avait jeté sa chemise 

De laine,

Et m'offrait sa terre promise,

En reine.


Ses lèvres, ses seins et son cou

Soyeux,

Rivalisaient à rendre fous

Les cieux.


Semant, dans ces charmants vergers,

Au vent,

De forts parfums de mer Egée 

Troublants,


Elle cherchait de frais buissons 

Ardents,

Et me découvrit polisson

Aimant.


Comme chaque roman épique

Finit,

La belle déesse hellénique

Partit.


Mais, pour toujours, chère à mon cœur,

Blottie,

Je gardais de Grèce une odeur

Fleurie. 

Joseph Mellot 

 

Allégresse

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« J'ouvris la porte et me mis à courir

A travers champs à chanter à tue-tête

Quand je rentrai le calme s'était fait chez moi

Et le feu qui s'était éteint fut rallumé. »

Allégresse (Pierre Reverdy)

...

Lorsque tu franchiras les murs
De ma citadelle,
Je soulagerai ta blessure  

Cruelle et rebelle.

Nous nous aimerons près du puits 
Ourlé de jasmin,

Et du clair bonheur de tes nuits,

J’en serai gardien.  


Je te livrerai les mystères
Du vin de ma vigne
En t'en enseignant les repères.
Lorsque, sur un signe


Tu me joindras sur les rochers,
De ta nudité

Je pourrai alors contempler

Chaque vérité.

Sur les océans apaisés
Et les golfes clairs,
Nous irons ma joie, mon aimée,
En pleine lumière. 


Alors, oubliées tes blessures, 

Du temps libérée,
Te sourira sereine et pure
La voûte éthérée.

Archanges et démons seront
Devenus amis,
Leurs trompettes et leurs tisons
Enfin réunis. 

Joseph Mellot

 

La Moisson

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« L’épi, sous les rayons incandescents roussi,

Froissant l’épi voisin, craque, et la moisson mûre,

Ne pouvant pas chanter sa gaîté, la murmure. »

L’âme du blé (Jean Aicard) 

...

La voyant effeuillée au soleil dans mon champ,

Sur un lit fait de paille et de chaume brûlant,

La nature féconde honorée par ses charmes

Fit ma semence prompte à honorer la dame. 


Dorée comme les blés, sucrée comme de l’orge,

Mes yeux ne voyaient plus, le feu brûlait ma gorge

Devant cette moisson parfumée de froment,

Entourée de grains durs aux épis flamboyants. 

Ô, dieux de l’Olympe, cueillez la floraison,

Préparez les bons grains pour en faire du son !

Sur l’argile fertile aux hanches si sacrées, 

Tout mon corps palpitait, charmé par cette fée.

Elle était si légère et pleine de promesse ,

Sous le soleil ardent de ce jour plein d’ivresse,

Que mes résolutions très à court d’arguments,

Se sont évanouies en ce jour de printemps. 

Anges, Démons, Satyres, Saints du paradis, 

Glorifiez la nature et ses fruits si exquis !

Gloire à vous ! tous unis dans cette ultime fête

Que vous avez offerte à ma sublime quête. 

Joseph Mellot

 
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Belle

«  Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,

Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,

Est fait pour inspirer au poète un amour

Eternel et muet ainsi que la matière. »

La Beauté (Charles Baudelaire)

Tu es


Belle à l'aurore

Et quand tu dors encore

Belle le jour

Quand tu dis bonjour

Belle en enfant

Au-dedans 

Belle au présent

Dans l'instant


Tu es

Belle quand tu souris

Ainsi

Belle quand tu pleures

Sur tes peurs  

Belle dans l'attente

D'être ardente

Belle d'espoir

Sans désespoir 

Belle quand tu t’enfuis

Que tu me fuis

  

Tu es

Belle quand tu mens

Et que tu prétends

Belle en colère 

Dans la lumière


Tu es

Belle sous la pluie

Aujourd’hui

Et dans la brume

Sous la lune

Belle quand tu bois

Ce que tu vois

Belle sur le sable

Et dans l’étable


Tu es 

Belle sous le réverbère

D’une porte cochère 

Ou dans le pré

Ou sur un canapé 

Belle en jardinière

Même en cuisinière


Tu es

Belle en satin

Sans rien

Dans ton bain

Belle perplexe

Sans circonflexe

Belle quand tu pries

Que tu me supplies

Quand tu penses

Que tu danses  

Belle en questions

Sans raison


Tu es

Belle agaçante 

Et grinçante

Belle en présence  

Des absences

Belle d'espérance 

Belle de sens


Tu es Belle en tout, tu es Elle de tout 


Tu es toujours Belle, tu es toujours Elle


Belle dans la Vie, et le seras sans Elle

Joseph Mellot

 
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Nuit d'orage à Pérouges

« Allez la tête haute et l'œil brillant de flamme, 

A la tempête en feu mêler aussi votre âme ; 

Volez sur la croupe des vents ; 

Respirez le tonnerre, enivrez-vous d’orage. »

L’orage (Alphonse Esquiros)

...

Une pluie cinglante aiguisée d’un vent violent  

Frappait furieusement les vitres de la chambre,

Quand d’aveuglants éclairs perçant le firmament

Zébraient le plafond de brisures d’or et d’ambre. 

Réfugiée dans l’alcôve où tu gisais transie,

Paralysée de peur, cherchant un réconfort,

Tu unissais aux miens tes reins au creux du lit

Afin de cet orage en conjurer le sort.   


Je bénissais tes voeux mais implorais les dieux

Pour que se prolonge jusqu’au petit matin  

Cette félicité du déluge des cieux, 

Où des petits lutins gouvernaient nos destins.

Tu t’offris innocente à mes bras protecteurs

Qui servaient de rempart à la foudre fatale. 

Au plus fort de l’orage, vainqueur de tes peurs,

 Je transformais l’éclair en couronne royale. 

Les impacts de foudre, notre fougue d’amants

La colère du ciel, nos ardeurs amoureuses 

Cessèrent dans l’instant avec le jour naissant,

Creusant un sillage de traces sulfureuses.


Souviens-toi, ma chère, de la nuit de Pérouges, 

De ses trottoirs pavés, de ses vieilles murailles !

La ville médiévale hissée de drapeaux rouges

Servit de bastion à nos chères retrouvailles.

Joseph Mellot


 
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Viens, il neige

il fait si chaud dedans, il fait si froid dehors

« La neige emplit le noir sillon.

La lumière est diminuée…

Ferme ta porte à l’aquilon !

Ferme ta vitre à la nuée !»

Il fait froid  (Victor Hugo)


Quand la neige aura recouvert la morne plaine,  

Quand le vent givrera les arbres sur les monts,   

J’irai me réchauffer sous ton manteau de laine,  

J’irai sécher ma peine auprès de tes tisons.  


Que m’importe l’hiver, le froid et ses morsures,  

L’eau gelée des canaux, l’herbe séchée des prés,    

Car vers la cheminée de ta chaude masure,   

Tout au creux de ton lit, nous allons enlacés.   


Et nos coeurs rêveront du printemps qui viendra  

Sur le pavé de pierre effacer tout le givre,   

En parfumant ton corps de rose et de lilas   

Dans ton jardin secret où je pourrai revivre.   


Par-dessus les saisons un souffle capricieux,    

Nostalgique en automne, cristallin en hiver,   

Colore tes grands yeux de la couleur des cieux :  

Bleu d’azur au printemps et l’été d’un bleu-vert.  


Mais tu le sais, mon coeur, l’amour est sans sommeil,  

il n’a pas de raison, se moque des saisons.  

Il va où tu iras, au froid ou au soleil,  

Qu’importe les climats, qu’importe leurs rayons !    


Viens ! aimons-nous ! aime-moi ! la neige vient 

En lourds flocons serrés. Le feu en gerbes d’or   

Incendie les rideaux de notre baldaquin.   

Il fait si chaud dedans, il fait si froid dehors ! 


Joseph Mellot   

 
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Il neige sur la ville

« Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !

Un vent glacé frissonne et court par les allées ;

Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,

Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées. »

Nuit de neige (Guy de Maupassant)

...

Il neige abondamment

Ce matin sur la ville, 

Sur les clochers et sur les toits,

Sur le pavé gelé des avenues, 

Entre les branches des arbres nus.


Des flocons tourbillonnent devant les vitres

Dansent, papillonnent au gré du vent ;

Plumes d’oie détachées des nuages, 

Insouciantes, hésitantes à se poser 

Sur le manteau blanc des passants,

Fantômes fuyants, encagoulés.


Un petit moineau naufragé,

Tout tremblant, les plumes hérissées

Vient se poser sur mon balcon.

Je ne sais pas son nom.

Il me regarde de côté, inquiet. 

Je lui souris. 

Il m’a compris. il ne veut pas mourir. 

Il ouvre grand son bec pour s’enquérir

De quelques graines, d’un morceau de pain. 

D’autres viendront ce soir ou demain, 

Ses petits, ses voisins,  

Qui eux aussi ont froid et faim.


Il neige abondamment

Ce matin sur la ville, 

Sur les clochers et sur les toits,

Sur les pavés gelés des avenues, 

Entre les branches des arbres nus.

Joseph Mellot   

 
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Mirage en blanc

"La neige à travers la brume

Tombe et tapisse sans bruit

Le chemin creux qui conduit

À l’église où l’on allume

Pour la messe de minuit."

La Neige à travers la brume, 

(Paul Verlaine)

...

Chacun de mes pas s'enfonce

Au rythme silencieux de l’horloge

Marquant en creux à chaque seconde

La marche du temps et le cercle des ondes

Sur l’étendue blanche

Et cotonneuse des songes.


Rien ne bouge

Hormis le lent mouvement des corps

Et des basses branches des arbres morts

Qui murmurent en silence.

La neige a tout recouvert,

Les routes, les chemins, les ornières,

Les pensées, le toit des chaumières

Le clocher du village,

Les incivilités, les vanités et les scrupules,

Le sang des crimes, la trace infime de leurs pas. 

La source coule et s'imprime

Sur l'herbe couchée, sous-jacente.

La lune blanchit sur les cimes.

La nuit sera blanche, insoumise, 

Et permise en chemise.

Tout est blanc, l’espace et le temps,

Le firmament, infiniment.

La neige est blanche,

Lisse comme ta peau franche,

Immaculée, silencieuse, ardemment.

Mon empreinte éphémère n’y laissera lentement

Qu’un vain souvenir,

Qu’un léger crissement,

Qu’un doux repentir.

Là-haut sur le mont, j’ai vu l’avenir

Tout en blanc, rien qu'en blanc.

Seulement blanc.

Je t’ai vue dans ta longue robe blanche, 

Plissée de pages blanches.


Sa lumière étincelante, aveuglante,

Effaçait les couleurs vaniteuses,

Les lettres et les mots, les phrases moqueuses, 

Les idées délavées, douteuses.


Tout est blanc cotonneux,

Nivelé, pur et vertueux.

La neige a comblé les vallées, réuni les monts,

Construit des ponts,

Absorbé les sons. 

Elle blanchit l’horizon.

Rien ne bouge, elle a tout recouvert.

Tout est blanc, infiniment.

Tout est pur, assurément.

Tout est rêve, vraiment,

N'est qu'un songe,

Un Mirage blanc.


Joseph Mellot

 
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Soleil de Novembre

« Sur la bruyère longue infiniment, 

Voici le vent cornant Novembre ; 

Sur la bruyère, infiniment, 

Voici le vent 

Qui se déchire et se démembre, 

En souffles lourds, battant les bourgs… »  

Le vent sauvage de Novembre (Émile Verhaeren)

...

Soleil de Novembre ! 

Morne comme un soir sans lune,

Prolonge dans la brume

L’ombre des passants, 

Traînant leurs pas pesants

Tout au bord de l’étang.


Soleil de Novembre ! 


À l’agonie sur la prairie,

Dans les étables chaudes

Aux vitres dépolies,

Les paysans réchauffent 

Leurs membres engourdis. 


Soleil de Novembre !


Dans les hautes futaies 

Du petit bois voisin

Croassent les corbeaux

En écho au chagrin 

Qu’exhalent les tombeaux. 


Soleil de Novembre !


Au détriment du jour,  

Au profit de la nuit,

Tu combles les amours 

Qui regagnent leur nid 

Au sein de leur logis. 


Soleil de Novembre !  


À travers les volets 

Et les carreaux embués 

Recouverts de cristaux,

Enrobe ma chambrée

De blancs vitraux givrés. 


Soleil de Novembre !


Quand, au petit matin

Tu renaîtras au loin,

Timide et tremblotant,

Éclaire ma chaumière

De tes rayons d’or fin.


Soleil de Novembre ! 


En annonçant Décembre, 

Tu poses des guirlandes 

Qui bientôt flamboieront

Dans les rues, sur les ponts,

De pâles couleurs d’ambre.

Joseph Mellot

 

Noël

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« Merveilleux Noëls de mon enfance,

Avec toute cette effervescence

Qui régnait partout dans la maison, 

Et le sapin plein de décorations !

Moments de joie sans pareil,

Parés de bonheur et de merveilles. »

Merveilleux Noëls (Véronique Audelon)

...

Aux portes de l’hiver, quand Noël approchait

Nous fermions nos cahiers pour préparer la crèche,

Et le papier rocher couvert de mousse fraîche

Recouvrait le pupitre et cachait l’encrier.


Choisi au bois voisin, le plus beau des sapins

S’élançait recouvert de guirlandes dorées,

Étendant ses rameaux de lacets argentés ; 

L’étoile du berger brillait jusqu’au matin.

Venus d’Orient, Gaspard, Balthazar et Melchior

Avançaient au matin sur le petit chemin,

Que nous avions couvert de sciure de bois fin, 

Porteurs de trésors, de myrrhe, d’encens et d’or.


Puis, chaque soir à la veillée, nous allumions 

Mille étincelantes menues bougies de cire 

Aux odorants parfums chargés de purs désirs

Que Noël nourrissait avec nos illusions.


‘Un enfant roi est né, mais était sans logis.

Il est venu pour toi, il est venu pour nous,’

Disait alors ma mère en priant à genoux.

À trop parler d’amour, sa croix en fut le prix !


Vous qui avez un toit, aimez votre chaumière, 

Mettez votre manteau sur tous les enfants nus.

S’ils vous parlent d’amour, donnez-leur un écu,

Cherchez leur un abri, donnez-leur un repère.

Joseph Mellot

 
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Sub-Rosa

Exposition 'La Rose et le Vent'

de Nicolas Roux dit Buisson  

« Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée,

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil. »

À Cassandre (Pierre de Ronsard )

...

Tout le jour je t’attends, toi, l'amant qui aspire

À soulever mon voile, à me voir de plus près.

Avide de beautés, porteurs de doux secrets,

Viens, approche, contemple-moi, sens et respire.  


Venu de cent contrées, dessus les océans,

Descendu de tes monts, oubliant tes vallées, 

Admire ces splendeurs qui ornent mes allées, 

Dans mon jardin de rose exalte ces instants. 


Mille fées du lyonnais ont veillé tout l’été 

A me rendre plus belle, à me faire sensuelle,

À m’offrir au soleil, à convier les abeilles,  

À me réinventer sous mille variétés.     


Sur mes joues empourprées quand ton regard se pose 

Une étoile scintille embuée de rosée. 

Je ressens tes désirs et tes joies repoussées, 

J’accueille tes serments qu'en mon cœur je dépose. 


Quand le vent soufflera au-delà de ces portes, 

Tes secrets à jamais sur mes frêles pétales, 

Embaumés de parfums, empourprés et fatals, 

Seront mes prisonniers, deviendront lettres fortes.


Joseph Mellot   

 
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Ô Fleur ma tendre amie

« Le printemps s'apprête ; 

... 

Oh ! ne pas mourir 

Avant cette fête. »

Rêve (Charles Cros)

...

Ô fleur ma tendre amie,  

Tes affables sépales s’offrent en calice  

Sous la corolle de tes pétales complices, 

En séduisant syrphes, papillons et abeilles, 

Dans un joyeux festin de printemps au soleil.


Près de ton gynécée veille sur l’androcée 

Qui t’enserre de ses étamines dorées,

D’où s’envoleront de leurs anthères subtiles 

Le pollen fécond vers ton gracile pistil.

Ta robe empourprée plus fraîche qu’un arc-en-ciel

Regorge du nectar qui produira du miel. 

Reine de séduction, pour être fécondée 

Tu attires vers toi les plus effarouchés. 

C’est quand cesse la pluie que tu es la plus belle,

Quand reluit en ton sein autour de tes carpelles

Les ardents tourbillons du soleil flamboyant

Perçant après l’averse en rayons conquérants.

Et c’est à cet instant que j’irai te cueillir,

Quand pleine de rosée, tu cherches à séduire.    

Puis je te porterai  jusqu’à ma boutonnière

Et rejoindrai ma bien-aimée dans ma chaumière. 

Pâlissant devant tant de sublimes beautés, 

Elle me révélera d’infinies voluptés.

Complice de l’amour, Ô fleur ma tendre amie,

Reçois en ce jour mes plus sincères mercis.

Joseph Mellot


 
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L'Annonce du printemps

« Voici que Février revient, plein de promesses,

Çà et là quelques fleurs s’ouvrent hâtivement ;

Il peut encor neiger, mais le grand froid régresse
Et l’on perçoit déjà des jours l’allongement. » 

Février (Isabelle Callis-Sabot)

...

Sentez-vous les bourgeons qui au petit matin 

Percent sous la sève nouvelle qui sommeille,

Et qui, dès demain, ornera de fleurs les treilles,

Les murs et les pelouses de vos chers jardins ? 


Voyez-vous ces heures que l’aurore rallonge 

De doux rayons rasants, timides et feutrés, 

Qui viennent jusqu’au soir, de doux rêves parés,

Chasser frimas et gelées qui glacent vos songes ? 


Voyez-vous s’évanouir dans les rues de la ville 

Les ombres migraineuses des brises d’hier, 

Fondre les neiges le long des têtes glacières,

Au village, danser les garçons et les filles ? 


Entendez-vous chanter au loin les passereaux,

L’appel de l’oisillon qui clame sa becquée ? 

Voyez-vous l’hirondelle autour des cheminées,    

Tourbillonnant sous les toits, entre les bardeaux ? 


Vois-tu dans ses grands yeux scintiller le printemps ?

Qui lui dit : « Viens ma belle ! rosis de couleur

Tes lèvres vermeilles en quête de douceur. 

Laisse-moi t’embrasser, t’aimer près de l’étang ! 

Joseph Mellot

 
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Convoitise

« Mais pourriez-vous, Phylis, vous rendre moins aimable ?

Pensez-y, je vous prie, et n’oubliez jamais,

Quand on vous aimera, que l’amour est doux ; mais… »

Poésies diverses (Pierre Corneille)

...

 Cette fleur est trop belle, il ne faut la cueillir,

Car privée de racine elle ne peut que périr.

Mais une idée me vient pour ne pas m'en priver,

En un jour, une nuit, de la voir se faner.


Je vais dans mon panier la mettre toute entière,

En mon jardin fleuri, lui faire une litière, 

La protéger du froid, des rigueurs de l'hiver, 

Ne pas trop l'exposer aux caprices divers,


À l'ardeur du soleil, à la bise du nord, 

En un mot simplement veiller à son confort.

‘C'est bien !’, dit mon voisin, ‘mais gare aux visiteurs, 

Aux amis, aux passants, à tous ces prédateurs ! 

Par-dessus le muret, l’un ne va pas tarder,

Armé de son échelle à venir l’enlever. 

N'oubliez pas mon cher, que les hommes sont prompts

À venir se saisir de ce qui paraît bon.’

Si la fleur est si belle aux regards envieux

À cueillir pour beaucoup, il le faut pour les yeux.

Tailler, couper, gâter, gâcher, jouir dans l’instant, 

Voilà bien ce qui fait l'art de vivre en ces temps. 

Et surtout en premier, méfiez-vous des amis ! 

Car sous des airs contrits, ils lorgnent vos semis. 

‘Mon Dieu qu'elle est belle !’ diront-ils ébahis, 

‘Elle ferait honneur à mon plaisant logis.’ 

Le vers est dans le fruit par tant de flatteries 

Et la belle s'anime à ces galanteries. 

Qui pourrait résister à un tel compliment ? 

La voilà qui s'incline et louche aimablement. 

La plus belle des fleurs est la plus menacée, 

De par monts et vallées, elle est très convoitée.

Le sort des edelweiss, tel celui des princesses,

Est là pour le prouver et faire cette presse. 

Des princes l’ont hissée jusqu’à leur boutonnière, 

Des bergers l’ont cueillie pour plaire à leur bergère.

Tant de convoitises menacèrent la belle

D'une pure extinction, sans recours, sans appel. 

Quand une fleur est belle, ainsi pour une femme,

Il lui faut une ombrelle à protéger ses charmes. 

La nature se plaît à ce qu’on la regarde,

Mais quant à la cueillir, veuillez y prendre garde !


Joseph Mellot 

 
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Les Pharisiens et la Bergère

« Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. »

Luc, ch. 18, 9-13

...

Chaque dimanche, réunis pour la grand-messe, 

Les nobles, bourgeois et notables du village, 

Serrant entre leurs mains leurs grands livres de messe, 

Assis aux premiers rangs, tournaient les belles pages.   


Inscrits en lettres d’or sur un carré d’ivoire,

Leurs noms cloués sur le revers des accoudoirs 

Rappelaient à chacun leur grandeur et leur gloire, 

Leur prestige, leurs richesses et leur pouvoir. 


Et tous se prosternaient avec beaucoup de foi

Chantant très haut et par cœur les saintes prières,

Faisant cent génuflexions et signes de croix,

Fiers et invincibles tels de vrais chefs de guerre. 


Fâchés entre eux depuis longtemps pour l’ordinaire,

Tous écoutaient sans rien entendre du sermon 

Du curé, prêchant de combattre la misère, 

D'aimer fort son prochain, d’implorer son pardon.


Les gueux et le petit peuple assis loin derrière 

Savaient tout de leurs affaires, de leurs querelles, 

Mais de n’en rien savoir s’efforçaient d'avoir l’air,

Ne voulant se mêler à leurs maudits duels. 


Fort abusé par ces hypocrites manières,   

Je me détournais alors de ces pharisiens,

Pour ne contempler que les yeux de la fermière

Bleus comme l’angélite, ardents comme les miens.


Dans son missel je lui glissais un billet doux, 

La priant de croire en mon amour du prochain

Qui préférait sa coiffe sur ses cheveux fous

Aux hypocrites façons de ces paroissiens. 


Ce jour fut béni car je la vis aux complies. 

Sous sa robe légère et ses souliers vernis

Je surpris une âme de bergère accomplie,

Valant mille fois ces tristes sirs réunis.


Joseph Mellot 

 
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La Batteuse

« Un paysan souffle, épuisé ; 

Le hâle a brûlé ses paupières ; 

Il se dresse, le dos brisé ; 

Il a le regard de la bête 

Qui, dételée enfin, s'arrête 

Et flaire, en allongeant la tête, 

Son vieux bât qu'elle a tant usé. » 

Paysan (Sully Prudhomme)

À François Millet

...

Enfants, nous attendions avec excitation 

Le jour de batterie et tout son tourbillon 

De poussière et de fête.

Sortie de son hangar où elle dormait l’hiver,

Dépoussiérée, huilée et placée sur son aire,

La batteuse était prête. 


Des blés mûrs et dorés elle écartait le grain

Qui, avec le levain, donnerait le bon pain

Nécessaire en hiver.

Le village accouru à l'appel du fermier 

S’affairait dans la cour tout autour du grenier

Et des fourches de fer. 


Quand certains s’activaient à graisser les courroies

De la drôle de machine, ses poulies de bois

Et sa bouche de fer,

D’autres, perchés là-haut, alimentaient la bête

Qui tremblait de partout, des pieds jusqu'à la tête,

Dans un vrai bruit d'enfer. 


Le grain coulait à flots dans les sacs, et en  joie

Les hommes les chargeaient sur les chariots de bois.

La paille étincelante 

Volait dans la poussière en nous voilant le ciel, 

Autour de grande meule abreuvée du soleil 

D’une ardeur accablante.

Joseph Mellot   

 
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Le Mistral

« La barque est petite et la mer immense ;

La vague nous jette au ciel en courroux,

Le ciel nous renvoie au flot en démence :

Près du mât rompu prions à genoux ! »

Pendant la tempête (Théophile Gautier)

...

Une vague puis d'autres vagues,

Menaçantes dagues,

Roulent, s’enroulent et s'écroulent

En puissante houle,

Déferlant autour des rochers,

En geysers dressées. 


Des nuages d’écume blanche,

Telle une avalanche,

S'élancent sur les noirs galets

Luisants, délavés.

Tout gémit, les pins, les roseaux,

D'où fuient les oiseaux.


Les pêcheurs lèvent leurs filets,

Suivis des voiliers,

Filant en hâte vers le port 

Saisir leur corps-mort.

Sur les berges, des vacanciers

Bravent le danger.


Grisés par la mer en furie,

Les flots en folie, 

Ils vont insouciants sur les plages  

Quand le vent fait rage, 

S’exposant au soleil mordant,

Au froid pénétrant. 


Domptant les vents impétueux,

Défiant les dieux,

Un audacieux acrobate,

Sur sa planche étroite

Affronte les flots rugissants

Et les goélands.


Ô Mistral ! vent de liberté

Sous l’azur bleuté, 

Chasse les funestes nuages,

Et les noirs orages ! 

Ô vent de Méditerranée 

Légende sacrée !

Joseph Mellot

 

Le Dizain du Bonheur

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« Je possédais sans le savoir

Encore l’immense don de croire

Que le bonheur est quelque part. »

Le bonheur (Esther Granek)

...

Il est de très beaux soirs qui te comblent d’espoir,


Quand un ciel sans nuage embrase l’horizon,


Quand tu sais te réjouir pour des biens dérisoires,


Quand résonne en écho sur tous les carillons  


D’une chanson la note ou le chant d’un grillon. 


Il est de beaux matins en rosée sur les prés,


Quand tu sais le bonheur qui se cache si près,


Quand conquis et acquis à ses yeux qui te somment,


Quand tu sais ce qu’elle donne, et tout ce qu’elle pardonne.  


Tu sais que le bonheur existe, qu’il se nomme. 

Joseph Mellot

 
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Sono la più bella

À Estelle (sonnet)

‘Qui est celle-ci qui surgit comme l’aurore, 

belle comme la lune

resplendissante comme le soleil,

redoutable comme des bataillons' 

Cantique des cantiques (6-10)

... 

Eh bien ! Oui, c'est moi Estelle, moi la plus belle ! 

Dès l’aube, je transforme chaque chose en or, 

Brille le soir au firmament quand tout s'endort, 

Et scintille dans le ciel sur l’arche éternelle. 


Par-delà la mort, chaque naissance nouvelle

En réincarnations et en nouveaux essors,

En métamorphoses avides de trésors, 

Me verra toujours plus belle, moi l’immortelle.   

Alors, songez ! Admirez ! Ne voyez-vous pas 

Tout vous sourire, rire, fleurir sous vos pas, 

Les accords, les mille douceurs de la nature ? 

Eh bien, ne gâtez pas ce matin qui se lève ! 

Voyez mes allures, oui, je vous en conjure, 

Je vous le dis, moi Estelle qui suis la sève.

Joseph Mellot


 
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Hymne au Soleil

‘Ce père nourricier, ennemi des chloroses,

Eveille dans les champs les vers comme les roses ;

Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,

Et remplit les cerveaux et les ruches de miel. 

Le soleil (Charles Baudelaire)

... 

Voici que près de quatorze milliards d’années 

Se dilatait l’univers. Une titanesque 

Déflagration cosmique, un big bang gigantesque 

Projetait la matière en poussière enflammée.  

Le magma primordial en fusion, bouillonnant, 

De protons, d’électrons, de neutrons se chargea

En atomes, et en galaxies s’agrégea, 

En milliards d’étoiles brilla au firmament. 


Notre si frêle et fragile maison, la Terre,  

Grains de sable accrétés dans cette immensité,    

Naquit, baignant dans une funèbre lumière,

Voici quatre milliards cinq cent millions d’années. 

Soupe primitive frappée par les éclairs

Et par la foudre, elle se métamorphosa  

Refroidit, et sous de plus aimables climats  

Vit l’eau se répandre sur ses immenses mers.     


Elle vit le jour au sein de la voie lactée, 

Notre galaxie, remplie de milliards d’étoiles  

Entourées de leur planètes et de leurs voiles   

Qui, le soir, revêtent leur écharpe bleutée.  


Puis, bien plus tard, naquirent les êtres vivants,  

Il y a de cela quatre milliards d’années, 

Petites cellules mouvantes, spontanées, 

Si mystérieuse genèse en ces temps. 


Mais que serait notre Terre sans son bel astre 

Solaire, sans ses forges, ses ardents rayons

Qui rythment nos saisons, assurent les moissons ?  

Tout ne serait que pierre, sans lierre ou pilastre ! 


Dieu Soleil ! tout le jour nous suivons tes allures,

La marche des planètes, celle de leurs lunes, 

De Jupiter, Saturne, Uranus, et Neptune, 

Plus près de nous, de Vénus, de Mars et Mercure.


Roi Soleil, lorsqu’au petit jour tu apparais,

Nous nous levons et revivons remplis d’espoir ! 

Roi Soleil, quand vient le soir, que tu disparais, 

Nous nous endormons dans l’espoir de te revoir ! 

Joseph Mellot

 
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Les Voiles de Saint-Tropez

« Larges voiles au vent, ainsi que des louanges,

La proue ardente et fière et les haubans vermeils,

Le haut navire apparaissait, comme un archange

Vibrant d’ailes qui marcherait, dans le soleil. »

Sur la mer (Emile Verhaeren)

...

Saint-Tropez et Sainte-Maxime !

Ardente baie qui s'enlumine

De virginales voiles blanches 

Que le vent emporte et balance, 

Comme un ballet de mariés 

Dansant sur les ondes marbrées.


Venus de tous les horizons, 

Vernis comme des violons,

De gracieux voiliers de légende

Vers le port en hâte se rendent, 

Virant et voguant sous le vent

Qui chante à travers les haubans. 

À l’ancre, fiers et arrogants, 

Lustrés comme des cormorans,

Ces monstres de modernité 

Forgés de carbone et d’acier,

Font déjà la fête ce soir,

Sûrs de leur prochaine victoire.   


Les cadrans bleutés de plasma,

Arrimés au pied de leurs mâts, 

Ont remplacé avec dédain

Le front soucieux du fier marin

Surveillant la petite brise 

Qui lui fera gagner la mise. 

Solidement souqués au quai

Des terrasses de Sénéquier,

Leurs mâts dressés en cathédrale,

Ils implorent leur bonne étoile. 

L’élégance et l’extravagance

S’estiment, mais avec méfiance.  


Quand vient l’heure de la régate, 

Tous sur le pont tels des pirates, 

Sous les sifflets, les cris stridents

Comme un grand vol de goélands, 

Voile sur voile, bord à bord, 

Courent de tribord à bâbord. 


Au terme de course effrénée 

Sous l'oeil de badauds hébétés, 

Les marins fêtent leurs victoires

Ou, meurtris, pleurent leurs déboires.  

Au petit matin vers le port,  

les skippers regagnent le bord.


Joseph Mellot 

 
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Le Grand Large

« Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,

Le coeur gros de rancune et de désirs amers,

Et nous allons, suivant le rythme de la lame,

Berçant notre infini sur le fini des mers. »

L’appel du large (Charles Baudelaire)

...

Dans le coeur de chaque homme sommeille un marin

Qui un jour, un matin, prend en main son destin. 

Il rêve de partir, 

D’abandonner ses parts, et se voit à la barre

Laissant ses souvenirs en amont du grand phare,

Pour un autre avenir. 

Sur son vaisseau, sans nul remords il monte à bord,

Inspecte les étais, à tribord à bâbord,

Puis hisse la grand voile.

Il salue ses voisins, dit adieu au passé, 

Sourit aux alizés, ces vents de liberté

Naissant sous les étoiles.

Le vent creuse la vague et gifle son visage,

Le hisse sur la crête au-delà du rivage. 

Le vent est son allié.

Surveillant les voiles et lovant les cordages,

Seul, sur les flots devant l’immensité, sans âge, 

Il est à nouveau né.


Quand soudain, jaillissant des crêtes déferlantes,

Luisants et profilés, à la peau miroitante, 

Les gracieux dauphins 

Glissent en silence et bondissent en cadence,

Poussant des cris joyeux qui animent la danse 

De leur ballet divin.


De ces gouffres profonds, creusés d’abîmes noirs, 

Ils ont surgi des flots, amis porteurs d’espoir

Et de belle amitié.   

Filant devant la proue pour guider le marin,

Comme de vrais amis qui montrent le chemin 

De la fraternité.


Par-delà l’horizon, il voit se dessinant 

Des rivages charmants, des visages riants, 

Des plantes singulières.

Il croit dans son destin, ramène la grand voile

Laisse filer l’ancre, louant sa bonne étoile,

La rive hospitalière. 


Saura-t-elle le garder celle qui aura

Déposé des fleurs, en guise de bague au doigt,

Par devant sa chaumière ?

Saura-il résister à l’appel du grand large,

Lui le marin, du monde toujours à la marge

Au-delà des frontières ? 


Dans le coeur de chaque homme sommeille un marin

Qui un jour, un matin, prend en main son destin. 

Il rêve de partir, 

D’abandonner ses parts, et se voit à la barre

Laissant ses souvenirs en amont du grand phare,

Pour un autre avenir.


Joseph Mellot 

 
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Le Grand Canyon

« Car le feu de l'enfer et l'éclat du soleil

Ont forgé ça et là, mille et une merveilles

Et le vent et le gel, la pluie, l'orage et l'eau

Ont creusé les gorges du Colorado. »

Far West (Gilbert  Trichet)

...

Sous les rayons cuisants d’un soleil accablant

Un gouffre géant, ourlé de reflets d’argent,

Creusé d’abîmes et de gorges purpurines,

Béant et nu, aux parois de flammes sanguines

Se creuse, serpente et s’enfuit à l’infini, 

Séparant un État autrefois réuni.   


Le sol se sépare, se fend, comme frappé 

Furieusement par une puissante épée,  

N’offrant ni marche-pied, n’offrant ni balustrade,

Seulement le vide, un grand vide sidéral. 

Pour qui osera le braver sans garde-corps,  

Un pas de plus, un pas de trop et c’est la mort !


Le Grand Canyon gît millénaire à ciel ouvert

Comme un mille-feuille renfermant ses mystères.

Au bord du précipice, à travers les nuées, 

De noirs condors aux larges ailes déployées 

Planent, plongent, s’attardent dans les airs, tournoient, 

En quête de pauvres et innocentes proies. 

Au fond de l’abime, miroir étincelant, 

Où jadis bouillonnait l’impétueux torrent, 

Où naviguaient vainqueurs sur ses eaux intrépides

Les guerriers Navajos à l’assaut des rapides,

Le Colorado coule aujourd’hui résigné,

Après des millions d’années, vaincu et dompté.

Lorsqu’il  revient sur ses terres, le voyageur,

À son insu, est devenu explorateur.

Qui voit le Grand Canyon, de plus rien ne s’étonne,

Sur le monde, sur lui-même, sur sa personne ! 

Son âme serait-elle aussi porteuse et riche 

De tant de minéraux et de cristaux en friche ? 

’N’ai-je pas endigué mes fureurs, mes ferveurs 

Se dit-il, ‘Asservi mes envies, mes ardeurs,

Au détriment de ma vie pour mourir d’ennui ? 

Quoi ? que fais-je, étourdi au fond de mon puits ? 

Je ne veux pas finir ainsi que ce torrent 

Quand le sang de mon corps me dit : Reste Vivant !’


Joseph Mellot

 
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Le Grand Bornand

« La nature est tout ce qu’on voit,

Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.

Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,

Tout ce que l’on sent en soi-même. »

À Aurore (George Sand )

...

Au coeur des Aravis, au pied de tes parois,

Tes chalets centenaires de pierre et de bois,

Dressés en sentinelle au fond de tes vallées,

Saluent les montagnards et leurs rudes cordées.  


Tes chemins escarpés serpentant sous le ciel  

Courent dans tes guérets où butine l’abeille.

Mon regard s’égare vers tes lointains alpages,

Se perd négligemment dessus tes pâturages.


Gentiane pourpre, millepertuis flamboyant,

Calice rose d’épilobe dans le vent,

Anémone blanche, clématite penchée

Saluent le voyageur pendant ses randonnées. 


Des odeurs sensuelles de foin mûr couché

Mêlé aux effluves d'herbe fraîche et de lait

S’exhalent des troupeaux accrochés aux versants,

Indolents ruminants aux grands yeux émouvants. 


Tout n’est que volupté, Ô nature féconde !

Tout chante à notre oreille, à l’âme vagabonde,

Tout perce nos regards de lumière odorante,

Tout caresse nos sens de couleurs enivrantes.


Et toi sur ton rocher, chapelle de la Duche, 

Tu bénis le torrent et veilles sur les ruches, 

Rappelant au passant qu'un Dieu et qu'une Vierge 

Sur ces sentiers sacrés accueilleront ton cierge.


Mémoire aux montagnards des fléaux ancestraux,

Ravivant un passé bien guéri de ses maux,

Comme le chien berger qui garde ses troupeaux,

Tu surgis de l’alpage et bénis le hameau.


Au plus chaud de l’été, tu es l'âme et le cœur

De toutes ces vallées quand l'orage en fureur

S’abat sur les campeurs, retentissant la nuit

Au milieu d'un fracas de tonnerre et de bruit.


Mais ce soir, en flambeau éternel des amants

La lune caressante à l'ombre de tes flancs

Danse sur la futaie en torches vacillantes, 

Eclaire les vallées qui s’endorment contentes. 


Au coeur de tes chalets où vacillent les lampes,

Sous les toits résineux, au milieu des estampes,

Autour des cheminées aux vapeurs odorantes

Montent, en souvenir, les amours qui enchantent.


Joseph Mellot 

 
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Le Col des Annes

Les Aravis

« Triomphe, immortelle nature !

A qui la main pleine de jours

Prête des forces sans mesure, 

Des temps qui renaissent toujours ! »

Éternité de la Nature, brièveté de l’Homme (Alphonse de Lamartine)

... 

Si tu n’as pas encore vu de fées,

Du col des Annes fais la randonnée.   

Quitte ta maison et prends ton bâton.

Si tu disposes d’un petit ânon, 

Cours découvrir, lorsqu’il sera bâté, 

Cette vallée d’Aravis en été, 

Ses cimes aux versants majestueux, 

Ses vallées, aux pâturages en creux.


Une fois le Grand-Bornand dépassé 

Et la vallée du Bouchet engagée,

Au croisement d’une aimable chapelle

Entourée de fleurs frémissant d’abeilles,

La vallée de la Duche surgira. 

Sur ton chemin elle te guidera 

Vers les pâturages d’herbes riantes 

Bordés de vielles auberges charmantes.

Sur les versants des montagnes fleuries,

Les toits de bois en tavaillon vieilli 

Abritent, là, des chalets de vacances,

Plus bas, de ravissantes résidences. 

La Pointe Percée sera au voyage 

Ce que l'étoile fut pour les Rois mages. 

Du haut de ses rocs couverts de névés 

Elle t’invite à braver son sommet. 

Une fois vaincus sa pente escarpée, 

Ses parois abruptes et ses pierriers, 

Si tu te sens l’âme d’un conquérant, 

Vainqueur, là-haut tu verras le Mont blanc.

Au pied de la croix de fer qui domine,

Ton regard perdu vers les hautes cimes,

Au-dessus des glaciers étincelants, 

Gommera toutes les rides du temps. 

Tu croiseras le long des pâturages  

Les indolents troupeaux des grands alpages, 

Broutant les généreuses floraisons 

Qui feront les savoureux Reblochons. 

C’est dans ces paysages qu’il est né,

Au temps où les paysans Reblochaient.

Ce tendre fromage devait parfaire 

Le souper, après la traite première. 

Chez Frédéric ou à la Clé des Annes, 

Ou à ‘La Cheminée’, près des gentianes,

Sur les bancs de tables d’épicéas, 

Te sera servi un copieux repas

De beignets dorés de pommes de terre,

Amoureusement frits par la fermière. 

Près du foyer, d’appétissants jambons 

Pendent aux noirs chevrons de la maison. 


Au loin, le Mont Lachat de Châtillon   

La Tournette comme seul horizon,

L’Étale et le Trou de la Mouche fuient

Vers le Tardevant et le mont Fleuri.

Plus près de toi, pointent le mont Charvet 

La Pointe de Chombas, tout à côté, 

Celle des Verts et la Pointe Percée 

Dessus le refuge de Gramusset.

Érigée au-dessus d’un frais ruisseau 

Où babillent et pépient les oiseaux, 

La chapelle de la Duche et ses pierres,

T'invitent à une halte en prières.

Elle te bénira, toi le pèlerin. 

Lorsque tu auras franchi les ravins, 

Respirer la paix de ces lieux magiques 

Au cœur d’une nature féérique. 

Dans un lointain et oublié passé, 

Tous les gens du village et leur curé, 

La bénirent pour écarter leurs maux,  

Avec Saint-Guérin, gardien des troupeaux, 

Saint-Grat, le grand protecteur des récoltes,

Sainte-Anne adorée des pieuses dévotes, 

Jean d’Espagne nommé le Bienheureux 

Du Reposoir des Chartreux, en ces lieux.  


Si tu n’as pas encore vu de fées,

Du col des Annes fais la randonnée.   

Quitte ta maison et prends ton bâton.

Joseph Mellot

 
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En traîneau

Alpe d'Huez

« L'hiver est sorti de sa tombe, 

Son linceul blanchit le vallon ; 

Le dernier feuillage qui tombe 

Est balayé par l’aquilon. »

Le premier givre (Arsène Houssaye)

Ni frontières, ni barrières, plus de lisières, 

Tout est pur et innocent, plus de fondrières  

Dans ce grand désert blanc.  

Ce matin, le chamois, la chèvre et son cabri

Sont venus ici se désaltérer sans bruit,  

Non loin de leur abri. 


Les chiens aboient ; le père, la mère et l’enfant,  

Sanglés sur leur traîneau, glissent sur le versant

Qui borde le torrent.

Insolite voyage, infini éphémère

Dans l’espace et le temps tout au bord des congères

Modelées par le vent.


Ce soir pour la veillée, la lune s'est levée 

Sur les cheminées fumantes de la vallée

Baignée de ses clartés. 


Dans le chalet, le père, la mère, et l’enfant,

Chaudement réunis, rêvent éperdument

De ce grand désert blanc.

Joseph Mellot

 
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Le maître-nageur

À David Batista 

« La vie est un défi, fais-lui face ... 

la vie est précieuse, prends en soin. 

La vie est une richesse, 

conserve-la.

La vie est amour, jouis-en. »

(Mère Teresa)

...

VERT: fais-ce-qui-te-plaît

JAUNE: attention-danger

ROUGE: interdiction-de-nager

Il surveille …

À la surface des eaux

De ses yeux de condor  

Du haut de son mirador 

Ici l’enfant en brassière

Sorti à peine du berceau

Là l’adolescent téméraire et sot


Il sait …

Les quatre éléments

L’eau l’air la terre le feu

Et l'homme

Tous les dangers qui le guettent

Les interdits


Il connaît …

L’ignorance du débutant

L’innocence de l’enfant 

La négligence des parents

L’orgueil de l’insensé 

Le visage marbré du noyé


Il redoute …

La fête et les goguettes  

Les morsures du soleil de midi

Les après-midi maudits

L’eau qui dévore

L’air qu’on implore

La terre qui s’enfuit

Il  comprend …

Des flots impétueux ou dociles

Tous les périls

Les ressacs

Et les gouffres hostiles 

Les vents et leurs bourrasques

Il rêve …

Environné de Naïades  

Plongeant au secours d’Aphrodite 

Surgie de l’écume bénite

Portée sur le ponton 

Par son héros Poséidon 


Il est …

À la Veronnière de Montferrat

Le Dieu de la plage

Son gardien tutélaire

Qui connaît toutes les nages

Qui sait tous les sillages


C’est lui …

Le Maître-Nageur

Le Maître-Sauveteur

L’as de coeur

Joseph Mellot

 
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Le cap Taillat

« Il se penchait sur les flots écumeux

Et sa pensée, abandonnant la terre

Semblait percer les mystères des cieux. »

Au bord de la mer (Guy de Maupassant)

...

Des terrasses de l’Escalet au cap Taillat,

Amoureux, fringant, voltigeant tel Figaro, 

Sous les pins parasols, je dirigeais tes pas

Du cap Lardier vers les eaux bleues de Gigaro.


Les vignes alentour fleurissaient nos amours

De vrilles de pampres parées de frais bourgeons. 

Heureux adolescents nous nous cachions le jour 

Dans le creux des rochers en guise de maison.

Entourés de lys, des barbes de Jupiter,
Enivrés des parfums de ciste, de jasmin,

Nous suivions les sentiers qui plongent vers la mer

Au travers des vignes comme des serpentins. 

Brûlés par le soleil, lustrés de sel marin,

Tes cheveux entourant ta figure divine 

En cascades tombaient sur ta peau de satin,
Et recouvraient tes reins aux attachantes lignes.

Ton corps lisse et soyeux te servant de costume, 

Bruni par le soleil, insoucieux des manants,

Offert au sable chaud tout pailleté d’écume  

Se donnait innocent au regard des passants.


Lorsque la nuit venue, là-bas sur le rivage,
Vers mes lèvres tendues tu me disais buvons 

Ce coloré pétale et ses sucrés breuvages,

Sous le ciel étoilé fuyons vers l’horizon.

Clandestins des plaisirs par les dieux interdits,
Nous irons recueillir d'autres frais coquillages
Sur les plages dorées de lointains paradis.
Pour toujours nous serons les naufragés des plages !

Joseph Mellot

 
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À Alain Perroud

L'ami fidèle 

« Je me tourne vers toi, penseur aux blancs cheveux, 

Vers toi, l'homme qu'on aime et l'homme qu'on révère. »

Ami Z  (Victor Hugo)

...

Te voici cher ami qui passe notre porte,
Serein et souriant, débordant de bonheur.
Un rayon flamboyant de lumière t’escorte,
Éteignant les fanaux fantômes de nos peurs.

Sortant de ta bouche les mots forts qui rassurent
Renforcent chaque jour notre belle amitié,
Onguent, baume divin, qui guérit les blessures
De toutes les guerres, des basses vanités.

Heureux enchantement, les lourds et noirs volets
De nos secrets enfouis se soulèvent sans bruit.
Raconte cher ami ! conte-nous sans délai

Avec sagacité les rêves de tes nuits !

De toutes ces folies, ensemble nous rions.
Nous nous désaltérons et enivrés de vin,
Sans perdre la raison, tournons en dérision
Ces viles vétilles qui hantent les humains.   


Et l’ami s’amuse, comme le fit Molière,
Avec la noblesse des hommes de son rang,
Des risibles travers de tous ses congénères.
Prés de sa jugulaire, on voit battre son sang.


Puis, au terme de cette comédie légère,
Faite pour amuser, nous plaire et nous distraire,
Subitement, il prend le parti de se taire,
Et les yeux vers le ciel, affiche un air sévère.


Tant affligé par les maux de l’humanité,
De son pas décidé, il s'en va les soigner.
Comme un père ou un frère, avec assiduité
Il est à leur chevet, se donnant sans compter.

Puis, revêtu d’hermine blanche, il est allé
Dans les cieux, hélé des anges et des archanges. 

Les gens de Saint-Pothin ont chanté ses louanges, 

Tous pleurant cet ami fidèle qu’il était. 

Joseph Mellot

 
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À André

Sur les pas de mon frère

« Lieux où jadis m'a bercé l'Espérance, 

Je vous revois à plus de cinquante ans. 

On rajeunit aux souvenirs d'enfance, 

Comme on renaît au souffle du printemps. »

Souvenirs d’enfance (Pierre-Jean de Béranger)

...

Certains quittent le nid sans billet de retour, 

Quand d’autres, attachés à leurs premiers amours,

Au sein du nid demeurent.  

Toi mon grand frère l’oisillon, mon cher André, 

Tu t’emplumais ; rien ne pouvait te résister,

Rien n’aiguisait ta peur.  

Tu étais mon aîné, tu étais le plus grand, 

Te prenant pour le roi. Mais le nid vacillant

De partout prenait l’eau.

Quand le vent d’hiver s’engouffrait sous les feuillages, 

Nous grelotions sous notre fragile plumage, 

Blottis dans le berceau. 


Et le printemps venu, j’amusais les moineaux, 

Mais, toi, tu préférais t’entourer de flambeaux. 

Quand arrivait l’été,

Je rêvais dans les bois, mais ne t’y trouvais pas. 

J’aimais Chateaubriand, ce n’était pas ton choix. 

Les dés étaient jetés. 

J’étais au bord du nid, quand un jour tu partis. 

Quittant ta Normandie pour monter à Paris.  

Là-bas, tu rencontrais 

Toutes sortes d’oiseaux, de l’huppé emplumé, 

Au perroquet faisant grand bruit, très parfumé,

Entouré de laquais.


Comme l’aigle dont tu devins depuis l’ami, 

Tu appris à voler plus haut, planant sans bruit,

Surveillant les terriers.

Le plus puissant, le plus rapide et plus agile, 

Celui qui ne craint rien, se sait le plus habile 

À chasser le gibier.  


Puis vint le temps pour toi de construire ton nid. 

Mieux que le rossignol, tu chantais chaque nuit,

Et séduisit Nicole !

Du haut de ta colline dominant Paris, 

Tu fis un oisillon, et eut beaucoup d’amis

Sur ta carte bristol.


Quand seul, là-bas dans mon nid, d’ennui je mourrais.

La mousse recouvrait le bois qui pourrissait. 

Dès la fin de L’automne 

Le grain vint à manquer ; le sol était givré

Et la glace couvrait les eaux du puits gelé.

C'était la mort, en somme ! 


À mon tour je quittais le nid. Quand tu me vis

Tu me souris ; l’Aigle se souvint du petit 

Moineau gris que j’étais. 

Je vis alors rire mon nouvel horizon, 

Et me mis à danser, écrivant la chanson 

Du frère qui m’aimait. 


Joseph Mellot

 
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À Catherine-Élisabeth

'tes yeux me parlent plus qu'on le peut en parole'

« Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire. »

Les yeux d’Elsa (Louis Aragon)

...

Tes yeux rient et pleurent de joie ou de douleur,

Ils s’ouvrent, se ferment au gré de tes humeurs.

Tes yeux me parlent plus qu’on le peut en paroles,

Et osent m’avouer tes idées les plus folles. 


Tes yeux fardent tes plus fous et ardents désirs,

Comme deux jumelles assoiffées de plaisir.

Mille éclats irisés de couleurs pimentés

Font fondre l’armure du plus preux chevalier. 


Ton regard est si doux qu’il rend les hommes fous, 

Tes yeux sont si charmants qu’ils en font des amants. 

Et quand dans ton miroir ton regard est courroux, 

Ils tombent à genoux, se faisant implorants. 


Tes yeux ne mentent pas, tes yeux ne trompent pas, 

Quand je les regarde, la Vérité est là ; 

Ils reflètent ton âme, en sont la pure flamme, 

Vont s’y désaltérer et jamais ne se fanent.


L’orage et les éclairs les font encor plus beaux

Quand la pluie les martèle et en font des vitraux.

Ne craignant pas le vent, pas plus que l’ouragan, 

Tout faits d’or et d’argent, ourlés de diamants. 


Le soir, près de la lampe, ils sont des plus soyeux,

Fermés silencieux sous les draps capiteux. 

À l’heure où les amants se montrent triomphants,

Comme des incendies, ils sont incandescents.


Mais, c’est parmi les fleurs et près des vifs torrents,

Se métamorphosant en style très ardent,

Comme un caméléon aux fleurs prend ses couleurs,

Qu’ils séduisent mon coeur et font tout mon bonheur. 


Tes yeux, rien que tes yeux et seulement tes yeux, 

Pour un regard, par un regard, dans un regard, 

Éclairent et parsèment d’étoiles mes cieux ;  

Tes yeux, rien que tes yeux et seulement tes yeux ! 

Joseph Mellot

 
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À François

Hommage à mon frère aîné

« Mais nous, frère, marchons au milieu de ce monde 

Sans nous laisser séduire à sa vaine beauté. 

Voguons, comme le nid qui surnage sur l'onde, 

Vers le bord de l’éternité. »

A mon frère (Henri Durand)  

...

François ! toi notre phare brillant dans la nuit

Lorsque tout fragiles encore dans le nid, 

Nous étions sur tes pas en scrutant ton regard,

Allions nous réfugier derrière tes remparts. 


Dix ans nous séparaient, nous les petits, de toi

Notre ainé. Et comme un père sous notre toit,

Tu étais notre guide et nous dictais les lois

Qui devaient nous construire, affermir notre foi. 


Dès l’aube, à la rosée, dans les champs, dans les blés,

Sages, nous te suivions sous le soleil d’été,

Remplissions nos paniers, et joyeux mais rompus 

Regagnions le logis, à tes pas suspendus.


Quand d’âpres orages ont soudain obscurci

Le ciel de notre enfance, menaçant nos vies, 

De la foudre, des éclairs tu nous protégeais, 

Amer de nous voir par le malheur assiégés. 


Par ton exemple, la force de ton langage, 

Tu nous a enseigné les vertus du courage, 

Tu nous as inculqué la grave loyauté,

Et des belles âmes fait aimer les beautés.   


Opiniâtre, obstiné, le front perlé de sueur,

Très tard dans la nuit, avec l’âme du vainqueur,

Tu révisais tes cours, noircissais tes feuillets   

Et du redouté concours, étais des premiers. 


Les choeurs d’Alésia chantaient alléluia

Lorsque l’Aimée t’a dit : ‘j’irai où tu iras.’

De la vallée de Gien aux collines de Rouen,

Tu fus grand médecin auprès des braves gens.


Et près de tes enfants, élevés dans la joie, 

De Caroline, de Dominique et François, 

Près de tes nombreux petits-enfants grandissants, 

Tu fus le patriarche au regard triomphant.


De l’aube au crépuscule, d’un pas assuré

Combattant l’injustice, aimant la vérité,

Tu étais le rocher qui ne craint la tempête,

Qui de l’humanité savait les vils conquêtes. 

Joseph Mellot

 
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À Henry Bizot

Vaincre les cimes

« Derrière les ennuis et les vastes chagrins 

Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, 

Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse 

S'élancer vers les champs lumineux et sereins. »

Élévation (Charles Baudelaire)

...

En terre bolivienne, après un long voyage

Au pied des hauts plateaux, en pays de légende, 

Quimsa Cruz se dresse couronné de nuages,

Offrant à ton regard les fiers sommets des Andes. 


Traverser les névés et gravir les glaciers,

Conquérir leurs sommets, assouvir tes désirs, 

Et contempler du ciel le bleu-noir émacié, 

Loin des sombres vallées, ainsi va ton plaisir !